Pourquoi l’on n’écrit pas ?
Il arrive que l’on veuille écrire, réellement,
mais qu’on reste bloqué.
Bloqué par quelque chose d’inconscient, qui n’a
rien à voir avec l’écriture.
L’histoire est là, les personnages aussi, les
scènes reviennent avec insistance, comme si elles réclamaient d’exister. Et
pourtant, on n’écrit pas.
On ouvre autre chose. Une vidéo, puis une autre.
Le temps passe sans bruit. L’envie, elle, ne
disparaît pas. Elle reste en suspens, intacte, mais inemployée.
On se dit qu’on le fera plus tard, mais plus
tard, c’est toujours plus tard !
Écrire demande une forme d’engagement que peu
d’activités exigent encore. Il faut accepter de ne pas savoir, de choisir
malgré le doute, d’avancer sans garantie. Rien n’est immédiat, rien n’est
certain. En face, le monde propose des distractions parfaites : rapides,
simples, sans enjeu. Le corps choisit le repos, l’esprit évite la friction.
Certains projets ne sont pas seulement des
textes. Ils sont liés à des moments, à des voix, à des présences qui ne sont
plus là. Les rouvrir, c’est retrouver quelque chose qui s’est arrêté sans
vraiment finir. Alors on détourne le regard. Non par désintérêt, mais par
précaution.
Le jeu de rôle n’est pas une activité solitaire, il
crée des liens et quand ceux-là n’existent plus, la raison de l’écriture (pour
le jeu de rôle) se voit modifiée.
Il faut occasionnellement en retrouver une,
retrouver un mode de fonctionnement, une nouvelle motivation.
Souvent, il suffit d’un geste minime. Revenir à
une page, lire quelques lignes, corriger une phrase. Rien qui ressemble à un
projet, encore moins à une ambition. Juste un contact. Le reste vient parfois
ensuite, presque malgré soi.